Comment ré-inventer un monde plus responsable?

Ecrit par Christophe de La Chaise. Publié dans A la une, Développement Responsable

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Publié le juin 17, 2018 avec Commentez

Notre 3ème grand témoin du cycle Valoriser le capital humain Nantais* est le physicien de la complexité et philosophe Marc Halevy.

Spécialisé en physique théorique, il étudie pendant 10 ans aux Etats-Unis les systèmes et processus complexes avec le prix Nobel de chimie Ilya Prigogine, ce qui l’amènera à créer une entreprise spécialisée en gestion des situations complexes, notamment en management de crises.

Aujourd’hui, il partage son temps entre la recherche, l’écriture et les conférences.

marc halévy maran group

Marc Halévy va s’employer à nous démontrer que nous vivons, en ce moment, une formidable mutation, telle qu’il n’en existe que tous les 550 ans !

L’univers est un organisme vivant, sur lesquels les méthodes analytiques ont peu de prise

L’entreprise n’est pas réductible  à ses données comptables

Ex : capacité à avoir de l’imagination, de percevoir les besoins dans 15 ans, …

Idem pour l’univers

Le monde humain, depuis quelques décennies, est entré dans une zone de grande turbulence ; comment la physique de la complexité peut-elle nous aider ?

Dans les années 1970, de grandes ruptures changent les logiques de vie, par exemple:

  • Les chocs pétroliers (1973, 1979)
  • L’arrivée de l’informatique dans l’entreprise ( à partir de 1973)
  • La loi Veil : chamboulement sociologique (1974)

Les historiens disent qu’il y a des cycles dans l’histoire

Ces ruptures majeures indiquent une mutation paradigmatique comme il s’en passe une tous les 550 ans en moyenne

Marc et son équipe de chercheurs ont beaucoup discuté avec les historiens pour reconnaître 3 ou 4 grands paradigmes :

  • L’invasion des cités grecques par les Romains : 150 ans avant J.C.
  • La chute de l’empire romain vers +380
  • La fin de l’empire carolingien vers +920
  • La fin de la féodalité avec la Renaissance vers + 1450

Une zone de turbulence caractérise le passage d’un paradigme à un autre 

Les sous-systèmes de régulation d’un paradigme sont ses institutions de pouvoir, qui ont pour mission d’en assurer la pérennité? Les nôtres (Etat central, institutions bancaires et boursières, universités, syndicats patronaux et ouvriers, média) sont toutes nées entre 1500 et 1550.

Elles disent : nous représentons la logique éternelle.

Il y a un divorce entre ces institutions et la société civile.

La presse répercute la vision du monde des institutions de pouvoir

L’économie réelle et les institutions économiques ont complètement divergé

Les institutions de pouvoir ne comprennent rien aux métamorphoses de l’économie réelle et à ses évolutions vers d’autres logiques non territoriales, non matérielles, non salariales,etc…

besoins et ressources: point de bifurcation

Dans tout système complexe,  il peut y avoir des ruptures de logique interne. Il y a alors une logique avant et une logique après (ex : mariage, naissance, divorce), c’est ce qu’on appelle la bifurcation.

Dans le monde, la logique d’avant, ce sont: ressources limitées + ressources renouvelables répondent aux besoins de l’humanité.

Mais les besoins de l’humanité ont considérablement augmenté depuis le 19ème, avec l’expansion géographique, pas les ressources.

Les études ont démontré que les ressources renouvelables ne pourront pas satisfaire plus de 20% des besoins de la population mondiale actuelle, ce qui correspond à peu près à 2 Milliards de personnes, hors ressources non-renouvelables.

La seule issue est de faire drastiquement baisser la démographie humaine et de faire baisser la consommation de ressources par humain.

Aller vers la frugalité heureuse

Marc Halévy définit 5 grandes ruptures :

 

 

  1. Rupture écologique : passage d’une logique d’abondance à une logique de pénurie

1er défi : faire moins (quantitatif) mais mieux (qualitatif)

Aller vers la frugalité heureuse

Quelques exemples…

Travailler moins mais mieux : arrêter de faire à longueur de journée des choses qui ne servent à rien : une étude menée aux Etats-Unis a montré que 65% du temps de travail de 150 cadres sup d’IBM servait à alimenter… le système de contrôle interne, n’ayant aucune utilité !

Communiquer moins mais mieux

 

  1. Rupture numérique

On est dans la techno numérique

Ce monde est fabuleux, mais il peut être dangereux, car l’impact du numérique est colossal du fait de sa puissance d’amplification.

Il faut arrêter de croire que l’innovation numérique n’existe que chez les GAFA, dans la Silicon Valley, qui ne produisent que du ludique.

Deux énormes révolutions sont liées au numérique :

  • Les robots : dans les 20 ans qui viennent, 40% des tâches assumées par les hommes le seront par les robots.
  • La révolution algorithmique : elle nous apporte une nouvelle méthode de résolution de problèmes, par l’alliance des algorithmes avec la puissance de calcul : c’est une révolution extrêmement importante

Le rapport entre l’Homme et la technologie

Le problème n’est pas la montée des technologies au-dessus de l’homme, mais bien la descente de l’homme en-dessous de la technologie : la crétinisation de l’homme par le big-data qui manipule toutes les décisions humaines en matière d’achat, mais aussi en matière politique, assurantielle, médicale, fiscale, etc. (ex : virer les GAFA de nos ordinateurs !…)

2ème défi : face à la déculturation par le mauvais numérique, se libérer des technologies pour s’accomplir dans l’intelligence technologique.

On a les technologies mais pas leur bon mode d’emploi. Il faut s’atteler à développer de nouvelle méthodologie pour apprendre le bon usage des technologies. Par exemple : comment aider l’entreprise à aller vers beaucoup plus de frugalité ?…

 

  1. la rupture organique, sociologique

Passer du modèle hiérarchique, pyramidal, qui ne fonctionne que dans un univers stable, tranquille et prédictible, à un modèle complexe : dosage subtil entre le modèle pyramidal et modèle réticulé (en réseau collaboratif).

3ème défi : aller développer l’autonomie des petites entuités au sein des réseaux fédérés par un beau projet commun. Il faut apprendre à fonctionner selon des logiques collaboratives : un problème local doit être résolu au niveau local par ceux auxquels il se pose ; c’est le principe de subsidiarité qu’il faut coupler avec un principe de solidarité

 

  1. La rupture économique 

La logique économique industrielle issue de la révolution industrielle du 19ème siècle, est basée sur les principes de grande taille et de prix bas. Le facteur clé réside dans les économies d’échelle qui a induit une logique d’investissement et de financement qui a fait que le modèle industriel est devenu un modèle financiaro-industriel.

Mais, à la fin des années 1980, la finance qui, jusque là, était la servante de l’économie, a pris le dessus et a assujetti l’économie réelle à la finance spéculative, avec les délires et les crises boursiers que l’on sait

Parallèlement, pour faire encore baissé les prix de revient, à la même époque, les entreprises ont commencé à lésiner sur la qualité ; celle des processus, des matériaux, des matériels, des main-d’œuvre, etc.

Ces deux dérives ont induit une rupture fondamentale : la logique des prix bas se remplace par une logique de la meilleure valeur d’utilité.

Pour augmenter cette valeur d’utilité des produits et services, il faut injecter des ressources immatérielles : talents, compétences, savoir-faire, créativité, intelligence, …

Dans les investissement en ressources matérielles, les effets d’échelle sont importante et vitaux.

Mais dans les investissement en ressources immatérielles, il n’y a pas d’effet d’échelle

4ème défi : passer d’une économie de masse à la virtuosité professionnelle.

Donc passage d’une économie de masse et de prix à une économie des intelligences et de valeur d’utilité

Nous, Européens, entrons dans cette économie, pas les Américains

Pour développer une logique de virtuosité dans votre entreprise : aller voir les collaborateurs de terrain et demandez-leur : « que sais-tu faire qui est difficile à faire ? »

Si tu es le seul à savoir faire quelque chose chose, tu peux mettre les prix que tu veux.

 

  1. La rupture philosophique : de réussir dans la vie à réussir sa vie

5ème défi : face au vide de sens, s’accomplir dans la spiritualité, l’intériorité, l’éthique.

Passer de la réussite sociale à une logique de l’accomplissement de soi au service de ce qui nous dépasse ; proposer un projet collectif enthousiasmant.

Nous sommes actuellement dans une bifurcation, le moment où se croisent 2 courbes:

  • la courbe rouge, celle de la production de masse, des structures hiérarchiques
  • la courbe verte, de la virtuosité, de l’organisation en matrice

Ce moment arrive tous les 550 ans, profitons-en, c’est le moment de changer le monde !

 

 

 

 

 

 

Tout est au service de l’oeuvre

En guise d’épilogue, voici quelques conseils tirés des discussions en s/groupes et avec Marc Halévy :

Demain, la logique financiaro-industrielle sera marginalisée et ne concernera plus qu’environ 20% des activités économiques (gros volumes et marges très faibles).

Le rôle du management : insuffler l’enthousiasme

Nicolas de Villiers, DG du Puy du Fou, a une belle formule pour parler de son entreprise : « Ici, tout est au service de l’œuvre »

L’extérieur et l’intérieur d’une entreprise doivent être en cohérence

Etre authentique

Grand défi du XXIème siècle : reconstruire notre rapport au temps

Un message sur la toile : 100 000 km/sec !!

Le temps de la communication est très faible, le temps de la réponse est long : le virtuose, lui,  prend le temps !

Le temps gratuit est du temps utile

Construire sa vie comme une œuvre d’art

Avant les années 60, on était dans la frugalité : il faut ré-inventer la frugalité

Penser au client, oui, mais surtout à l’utilisateur final ; pas toujours facile

On va aller vers d’autres formes de collaboration que le salariat

43% des gens qui travaillent dans l’U Européenne n’ont pas de contrat d’emploi

Il ne colle plus avec la réalité

On va parler missions, multi-activités

 

Le cycle Valoriser le capital humain nantais est organisé par le CECA en partenariat avec les DRO, Dirigeants Responsables de l’Ouest.

Photo by Kamil Pietrzak on Unsplash

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A propos Christophe de La Chaise

Bordelais depuis 25 ans, directeur du CECA. La conviction du CECA, à mi-chemin de la communication et du conseil RH, est que la performance de l’Entreprise (au sens large) vient de son capital humain. Cette conviction s’exprime lors de l’Université Hommes-Entreprises, un séminaire de réflexion de « remise en question positive » qui réunit plus de 500 décideurs fin août à Bordeaux (château Smith Haut Lafitte) et depuis 2012, avec le cycle Valoriser le capital humain. Mots clés du CECA : films, conseil en communication/RH, veille/informations.

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