Transhumanisme : fin de l’humanité ou progrès pour l’homme ?

Ecrit par Christophe de La Chaise. Publié dans A la une, Ethique

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transhumanisme

Publié le mai 01, 2017 avec Commentez

Et si des films comme The Island, Terminator ou Blade Runner n’étaient pas de la fiction, mais une vision du futur de l’humanité ?

terminator

Curieusement grand absent de cet ersatz de campagne présidentielle 2017 en France, le débat sur le transhumanisme est considéré par certains chercheurs et philosophes comme un enjeu majeur du XXIème siècle.*

On a longtemps cru à la suprématie de l’Homme sur la machine, jusqu’à l’aube du XXIème siècle.

Deux évènements vont bouleverser notre perception du rapport Homme-machine :

  • En 1997, le champion du monde d’échec Gary Kasparov est battu par Deep Blue, conçu par IBM.
  • Fin 2016, la défaite au jeu de go de Lee Sedol contre AlphaGo, inventée par Google, marque une nouvelle victoire de l’intelligence artificielle sur l’Homme.

Mais qu’est-ce que le transhumanisme ?

C’est un mouvement visant à améliorer l’Homme, à l’augmenter, grâce à la puissance des sciences et des techniques : en finir avec la maladie, la souffrance, le vieillissement et même la mort.

On pourrait penser à une utopie si cette « philosophie », représentant des enjeux politiques et financiers considérables, n’était pas portée par des entreprises aux moyens quasi-illimités : les fameux GAFA (Google-Apple-Facebook-Amazon).

Google est en pointe dans cette recherche.

Elle a embauché comme ingénieur en chef Ray Kurzweil, le pape du transhumanisme, spécialiste de l’intelligence artificielle, pour faire du moteur de recherche la première intelligence artificielle de l’histoire.

Kurtzweil est convaincu que les NBIC (techniques agglomérant les Nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) vont permettre de faire reculer la mort de façon spectaculaire dès le XXIème siècle.

L’Homme réparé et l’Homme augmenté.

Le docteur-entrepreneur Laurent Alexandre, les philosophes Luc Ferry et Jean-Michel Besnier, pour ne citer qu’eux, décrivent deux finalités du courant transhumaniste : l’Homme réparé et l’Homme augmenté.

  • L’Homme réparé

Dans ce cas, les nouvelles techniques NBIC doivent conduire à guérir des maladies, à retrouver l’usage d’une fonction du corps le rôle de la technologie est d’améliorer les conditions de vie humaine : il s’agit d’une amélioration de l’existant, pour, dans le meilleur des cas, retrouver l’usage entier de cette fonction.

Laurent Alexandre cite par exemple une maladie de la rétine : la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge), qui conduit à la cécité par destruction du centre de la rétine, qui touche déjà plus d’un million de Français, un nombre qui ne peut qu’augmenter avec le vieillissement de la population.

oeil bionique

L’un des traitements consiste en la pose d’implants électroniques dans la rétine ; l’œil bionique ainsi posé, bien que d’une performance passable, ne va cesser d’évoluer.

 

Autre exemple : la greffe d’un bras ionique, avec des muscles et des nerfs greffés sur l’avant-bras.

http://www.allodocteurs.fr/se-soigner/recherche/innovation-technologique/des-mains-bioniques-toujours-plus-performantes_15683.html

laurent alexandre

Laurent Alexandre pose ainsi la question : qui, aujourd’hui, est prêt à repousser cette technologie, pour soi ou pour ses proches ?

  • L’Homme augmenté

De l’Homme « réparé », à l’Homme « augmenté », il n’y a parfois qu’un pas.

Car, de petite transgression indolore en petite transgression indolore, avec une humanité toujours séduite par les progrès de la science, on arrive insensiblement à l’Homme augmenté et au posthumanisme.

Il sera doté d’une intelligence artificielle phénoménale ; dans son corps circuleront des nanorobots pour surveiller la formation de tumeurs ou réparer l’ADN qui en aurait besoin.

Cette perspective inquiète même dans la Silicon Valley, par exemple Elon Musk (créateur de Paypal, Tesla, SpaceX,…) qui annonce : « les intelligences artificielles sont potentiellement plus dangereuses que les armes nucléaires ».

Pour y parer, et éviter d’être trop inférieur aux machines, certains dirigeants de Google proposent de nous hybrider avec l’intelligence artificielle !

 

Les questions éthiques

A ce futur techno qui va bouleverser la condition de l’Homme, de nombreuses questions d’ordre éthique se posent :

Sachant que la techno-médecine ne date pas d’hier, que la frontière entre Homme réparé et Homme augmenté peut-être ténue, à quelle limite faut-il fixer la ligne rouge à ne pas dépasser ?

Laurent Alexandre recommande à l’Europe d’investir massivement dans l’intelligence artificielle, pour ne pas laisser le champ libre aux Américains et pour être capable d’une certaine régulation ; il pense qu’il est urgent que les citoyens s’emparent de cette question pour tenter d’en garder la maîtrise.

 

Jean-Michel Besnier replace le transhumanisme dans le cadre de la philosophie : « le transhumanisme paraît assumer d’être une tentative idéologique de renouer avec le mythe d’un homme nouveau, débarrassé des formes de l’altérité qu’on avait traduite en termes de faute ou de péché originel. »

« la vie, ce n’est pas autre chose que la conscience, qui n’est pas l’appareil cérébral observable, comme le croient les transhumanistes adeptes du mind-uploading. »

 

Fabrice Hadjadj, également philosophe, nous fait réfléchir sur le rêve de l’homme augmenté :

« Le rêve de l’homme augmenté est celui d’un homme diminué, et content de l’être. Il se projette en cyborg pour se dispenser de devenir humain. Il veut une intelligence artificielle parce qu’il n’a pas commencé à penser. Il est fasciné par le futur parce qu’il ne sait pas s’émerveiller devant le premier venu — devant l’événement d’une naissance. »

les robots font -ilsréférences :

  • « La Révolution transhumaniste » de Luc Ferry
  • « La Mort de la mort » de Laurent Alexandre
  • « Demain les post-humains » de Jean-Michel Besnier
  • « Les robots font-ils l’amour » de Laurent Alexandre et Jean-Michel Besnier »

« L’homme est-il immortel ? le pouvoir du transhumanisme » sera à l’affiche de notre 23ème Université Hommes-Entreprises les 24 et 25 août 2017 à Bordeaux.

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A propos Christophe de La Chaise

Bordelais depuis 20 ans, directeur du CECA. La conviction du CECA, à mi-chemin de la communication et du conseil RH, est que la performance de l’Entreprise (au sens large) vient de son capital humain. Cette conviction s’exprime lors de l’Université Hommes-Entreprises, un séminaire de réflexion de « remise en question positive » qui réunit plus de 500 décideurs fin août à Bordeaux (château Smith Haut Lafitte) et depuis 2012, avec le cycle Valoriser le capital humain. Mots clés du CECA : films, conseil en communication/RH, veille/informations.

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