maître de son destin, une jeune étudiante s’exprime

Ecrit par Christophe de La Chaise. Publié dans A la une, Engagement

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Publié le août 24, 2016 avec 3 Commentaires

Début juillet, nous accueillons pour quelques jours au Ceca une jeune étudiante en classes préparatoires, Capucine (18 ans) qui s’intéresse à la communication.

J’en profite pour lui demander d’écrire un article sur notre thème d’Université: « Acteur du changement, maître de son destin ».

Son article très bien écrit, ci-dessous, ne peut manquer de nous interroger:

« Des matelots déposés au cœur d’une tempête sur un navire tanguant douloureusement, ainsi nous définissons-nous parfois, les jeunes du XXIème siècle. Ce vaisseau qui avance à tâtons dans les eaux parfois tourmentées du progrès, ce monde qui nous est transmis ne semble pas avoir été conçu pour nous accueillir, ou du moins mal préparé pour notre venue.

aliénation de l’être humain

Avec mes 18 ans, une famille aimante, des amis attentifs et sympathiques, des talents à faire fructifier, bref, un bonheur à saisir en un tournemain ; j’ai pourtant parfois l’impression d’être née dans une poudrière menaçante qui éclate à petit-feu au fil des évènements actuels.
J’ai le pressentiment qu’on me ment, que le maitre du navire n’est pas le bonheur mais le plaisir, que la voile n’est pas l’amitié mais l’argent, que les rapports humains sont pervertis par l’intérêt personnel.
Je découvre que l’on cherche à me vendre une liberté erronée qui vise seulement à briser mes valeurs, mes racines. Une liberté de consommation, comme en témoigne l’assaut des publicités jusque même dans notre vie intime : au total, d’après Arnaud Pêtre, chercheur en neuromarketing, nous serions exposés au minimum à 1500 publicités par jour. Une liberté de jouissance et de paresse, comme si le plaisir devenait le but suprême de l’homme.
De plus, d’après l’INSEE, les jeunes de 15 à 24 ans passent près de 4 heures devant la télévision ou leur ordinateur. En outre, selon le Nouvel Observateur, on utilise son portable plus de 3 heures par jour. Comment ne pas s’étonner devant ces chiffres ahurissants qui démontrent l’aliénation de l’être humain et sa dépendance aux nouvelles technologies ?

Je me rends surtout compte de l’égocentrisme de l’homme qui met au centre de ses préoccupations son plaisir immédiat, sa richesse, le chiffre d’affaire de son entreprise, son compte en banque.
C’est alors qu’il me semble être dans une matrice complexe dont les hommes sont eux-mêmes les concepteurs.

donner une nouvelle lumière au monde

Cependant, ma décision est prise : je veux être actrice de changement, maîtresse de mon destin. Quel serait en effet l’intérêt de rester dans une vision aussi pessimiste du monde ? Se désespérer ou oublier dans le plaisir serait donner raison à cette matrice. Et le monde n’est peut-être pas aussi noir que les médias veulent nous le faire entendre à cor et à cri…
Je cherche au contraire à m’engager concrètement, pour changer la donne, lutter contre l’égoïsme des hommes qui ronge le monde.
Telle est la volonté actuelle de nombreux jeunes, qui devraient davantage parler de leur ardent désir de changer les choses, mettre en pratique cette flamme qui les anime et ces grands rêves de recréer le monde.

Y artus bertrand
Se mettre au service des autres ou du moins s’intéresser aux personnes qui vivent autour de nous est la pierre angulaire de tout changement. Comment ne pas être bouleversée après avoir vu le reportage de Yann Arthus Bertrand, diffusé sur France 2 le 26 septembre 2013, sur l’orphelinat de Brazzaville où Marie Thérèse s’occupe comme une mère d’une cinquantaine d’enfants? Cette femme se donne toute entière à des jeunes totalement démunis, sa seule richesse étant l’amour. Ces enfants n’ont rien, et pourtant tous ces sourires et ces yeux rieurs laissent transparaitre leur bonheur.
A notre humble mesure, les jeunes, nous essayons parfois d’agir autour de nous comme des petites loupiotes qui cherchent à donner une nouvelle lumière au monde. En classe de terminale, je suis allée brancarder des personnes handicapées à Lourdes, et notamment deux femmes âgées incroyables, qui parvenaient encore à rire aux éclats tandis que le cancer les dévorait peu à peu; elles ne pouvaient plus marcher, certes, mais allaient bientôt devenir aveugle, et auraient de plus en plus de mal à communiquer… Ces femmes dont le destin semblait les avaler sans pitié, mais dont le rire prouvait qu’elles étaient encore maitresse de leur vie.

rajouter de l’humanité dans notre vie

En classe préparatoire, le temps nous est compté. Entre les cours, les kholles, le travail personnel en quantité et les DS, il n’y a pas beaucoup de temps pour se donner pleinement aux plus démunis. Mais nous cherchons malgré tout à réserver des petits bouts de notre emploi du temps à offrir; cela nous parait essentiel pour garder vivant ce désir de don, qui nous rend acteurs de changement autour de nous. Ainsi, nous partons par deux ou trois à la rencontre des sans-abris, pour leur offrir café, thé et gâteaux, mais surtout pour discuter quelques instants avec eux; je crois que c’est cela qu’ils apprécient le plus, que quelqu’un s’arrête pour s’intéresser à eux et échanger. Ces maraudes sont toutes simples à mettre en place et se révèlent être une clé efficace de solidarité et générosité.
D’autres groupes d’étudiants se mettent au service d’immigrants du Proche Orient, en collaboration avec l’association Œuvre d’Orient, en leur donnant des cours de français, en discutant avec eux, pour qu’ils aient moins de difficultés à s’exprimer dans notre langue et donc pour trouver un travail plus facilement.
Mais au-delà de toute action humanitaire, il nous apparait essentiel de rajouter de l’humanité dans nos études, nos entreprises, notre vie, comprendre que l’autre a une richesse propre, un talent personnel, mettre en valeur chaque capital humain de manière réfléchie dans un capitalisme raisonné… Aimer travailler car nous savons que cela nous épanouit… Vivre avec l’espoir de transmettre une société et une économie plus viable à nos enfants…

Le rêve des jeunes a l’air utopique, irréalisable, et pourtant… c’est en décidant de mettre la main à la pâte pour le réaliser qu’il me semble devenir actrice de changement, maitresse de mon destin. »

Capucine de Verdière

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A propos Christophe de La Chaise

Bordelais depuis 20 ans, directeur du CECA. La conviction du CECA, à mi-chemin de la communication et du conseil RH, est que la performance de l’Entreprise (au sens large) vient de son capital humain. Cette conviction s’exprime lors de l’Université Hommes-Entreprises, un séminaire de réflexion de « remise en question positive » qui réunit plus de 500 décideurs fin août à Bordeaux (château Smith Haut Lafitte) et depuis 2012, avec le cycle Valoriser le capital humain. Mots clés du CECA : films, conseil en communication/RH, veille/informations.

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3 Commentaires

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  1. Bravo !
    Magnifique réflexion !
    Du Réalisme, du Sens, de l’Optimisme et de l’Enthousiasme, autant de moteurs pour nous donner l’envie d’être co-créateurs d’un Demain à la hauteur de nos Espérances.
    La preuve que la réalisation de l’Utopie est en marche , les Bâtisseurs du changement sont parmis nous !

    • oui Daniel, c’est un beau témoignage de volonté d’améliorer la société à partir d’un constat lucide sur la société de consommation…

  2. Merci Capucine pour ce bel article plein de fraicheur et d’espoir.
    Belou de Wilder

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