Au plus profond du désespoir…un projet

Ecrit par Christophe de La Chaise. Publié dans Engagement

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Publié le novembre 23, 2010 avec 4 Commentaires

Patrick Lemattre fait partie pour moi de ces véritables passeurs d’espoir.

J’ai eu l’occasion de le revoir lors d’une conférence prononcée lors de la cérémonie de remise des diplômes du CPA (Executive MBA) à Toulouse, vendredi dernier.

Plusieurs de ses réflexions m’ont parues particulièrement pertinentes :

A côté de la crise économique, nous dit-il, notre société vit 3 crises :

  • Une crise de la transmission
  • Une crise d’appartenance
  • Une crise de sublimation.

J’écoute toujours avec attention les « sages » (P Lemattre se définit volontiers comme «senpai», professeur, en japonais), surtout ceux qui ont passé leur vie à confronter sur le terrain leurs travaux de recherche et d’enseignant.

Crise de la transmission : Patrick Lemattre fait 3 observations

  • Le phénomène mai 68 : dans un contexte certes contraint, pesant, conservateur, n’a-t-on pas créé une société de vide culturel ?
  • Au Cambodge, le régime de Pol Pot s’est attaqué d’abord aux relais de transmission : enseignants, cadres, artistes, religieux… mais qui sait que la catégorie visée ensuite était celle des …grands-mères ?!
  • Dans le comportement de nos concitoyens, P Lemattre déplore que, ce qui se pratique s’apparente souvent à de l’autodérision, du persiflage, voire de l’auto-flagellation (voir à ce sujet notre article du novembre)

Crise de l’appartenance

Tous les systèmes actuels tendent à l’individualisme.

  • En bas : le petit groupe, auquel appartient un jeune ;
  • En haut : l’idée de développement durable
  • Au milieu, les grandes structure régaliennes de la société, en crise d’appartenance : partis politiques, syndicats, églises,..

Petit rappel en passant : dans les organes de décision démocratiques que représentent nos 2 assemblées (Assemblée Nationale et Sénat) seulement 14 députés et sénateurs (sur 900) ont moins de 40 ans ! et la moyenne d’âge de nos chers représentants a augmenté de …25 ans en moins de 30 ans… : ce sont donc les mêmes qu’en 1980 !

Crise de sublimation

Patrick Lemattre constate que nos sociétés sont sorties du schéma : « se battre pour avoir » pour celui de: « agir pour avoir ».

Dans l’entreprise, les salariés ont de plus en plus besoin d’une réponse de l’entreprise sur le sens (voir conclusion de l’Université Transmutation, Bruxelles, août 2010) .

Notre sociologue nous rapporte une conversation avec une de ses amies, déportée dans les camps de la mort.

Elle lui racontait que celles et ceux qui survivaient dans les camps n’étaient pas forcément les mieux portants, c’étaient ceux qui avaient un projet.

4 mots viennent structurer la conclusion de notre intervenant : plaisir, concret, reconnaissance, rêve :

  • Toute organisation, toute entreprise a besoin de trouver du plaisir, du rire
  • Elle a besoin de concret
  • Elle a besoin de retour sur investissement : de la reconnaissance pour les salariés
  • Et tout cela doit être sublimé par une part de rêve (souvenons-nous de la portée de l’ouverture du célèbre discours de Martin Luther King : « I have a dream »)

Dans l’entreprise, celui qui doit incarner tout cela, c’est le chef, le manager, notamment par son engagement.

Et l’origine de l’engagement, c’est l’Aventure, la prise de risque.

Une conclusion que n’aurait évidemment pas reniée Stéphane Lévin, autre habitué des « amphi CPA »… et à laquelle je souscris entièrement:

Vous l’avez sans doute compris, le but de cet article est de faire profiter le plus grand nombre de ces idées vivifiantes de Patrick Lemattre !

Relayez-les, pour le dynamisme de tous !

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A propos Christophe de La Chaise

Bordelais depuis 20 ans, directeur du CECA. La conviction du CECA, à mi-chemin de la communication et du conseil RH, est que la performance de l’Entreprise (au sens large) vient de son capital humain. Cette conviction s’exprime lors de l’Université Hommes-Entreprises, un séminaire de réflexion de « remise en question positive » qui réunit plus de 500 décideurs fin août à Bordeaux (château Smith Haut Lafitte) et depuis 2012, avec le cycle Valoriser le capital humain. Mots clés du CECA : films, conseil en communication/RH, veille/informations.

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4 Commentaires

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  1. Cher Christophe, grand Merci pour ces instants de partage !

    Si l’intention paraît excellente – passeur d’espoir ! – et qu’il paraît bien présomptueux de la remettre en question, ne
    peut-on cependant s’interroger sur la méthode et sur le fond de l’exposé de Monsieur Lemattre…

    Question idiote : la qualité d’un exposé dépend-elle de l’audience concernée ? Sans avoir assisté aux ébats (et non aux
    débats, il serait surprenant qu’il y ait eu qui que ce soit d’assez fou et d’assez peu humble pour questionner ce discours sur le fond dans la salle), les étudiants du CPA ont sans doute applaudi
    à tout rompre ! L’éloquence et les convictions de Patrick Lemattre, qui firent la joie des participants de l’université du CECA, ne sont en effet nullement en cause !

    Pourtant, Christophe, quelque chose d’étrange – un certain malaise – s’est emparé de moi à la lecture de ton
    résumé, qui se termine fort heureusement sur le rêve, l’espoir, l’aventure et autres joyeuseries !

    Reprenons chacun des thèmes et des sujets développés si tu veux bien. Par avance, mille excuses pour le style, et pour les
    lenteurs dans le récit… Pour autant… Ecrire est une façon de parler sans être interrompu, dit-on, alors… Puisque nous ne sommes pas à la télé et parce que le sujet me paraît d’une
    importance capital, je ne vais pas me minuter ! Nous sommes donc au banquet, nous prendrons le thé si besoin et le temps sûrement d’écouter chacune et chacun, tout nous rapproche en somme de
    Socrate ou de Platon, si j’ose dire, les ans et le talents – peut-être – en moins… Tout simplement !

    Crise de la transmission :

        – Mai 68 ou le vide culturel
    ?

    Tout d’abord, de quoi parle-t-on… ou comment
    définir le vide culturel ?
    Proposer une définition… c’est indispensable pour partir du bon pied ! Disons donc par exemple : le vide culturel, c’est l’absence de culture… Nous voici bien avancés ! Qu’est-ce donc que la culture ? Vivons avec notre temps et
    consultons sans honte la bible des temps modernes : Google ! Celle-ci nous conduit immédiatement à son oracle,
    alias Wiki ! En philosophie, selon saint wiki (mais pas seulement !), la culture désigne ce qui est différent de la nature, c’est-à-dire ce qui est de l’ordre de l’acquis et non de l’inné. En sociologie,
    toujours selon wiki, la culture représente aussi ce qui est commun à un groupe d’individus, ce qui le soude.

    Ainsi, Mai 68 aurait sonné le glas de l’acquis, des savoirs, qui étaient l’héritage – que dis-je – le trésor
    savamment gardé par les anciens ! Suivant la même logique, et alors que le groupe aurait été soudé avant Mai 68, le voici qui – soudain et sans crier garde ! – se serait désolidarisé sous
    l’effet de cette éruption socialo volcanique !

    En sciences – toutes disciplines confondues ? … et même en sociologie (domaine de prédilection de Monsieur
    Lemattre) -, quels sont donc ces éléments de savoir, de culture, qui ont disparu du fait de Mai 68 ? Tout au contraire de ce qui est annoncé, je prétends que Rien n’a disparu, Tout au contraire ! Combien de découvertes depuis lors en effet, soigneusement conservées et appliquées dans
    l’univers des technologies par exemple, mais aussi de la chimie, de la santé, etc. Le capital culturel mondial s’est, me semble-t-il, plutôt enrichi qu’appauvri durant ces quarante dernières
    années ! Un bilan circonstancié serait de rigueur, nous y reviendrons au besoin…

    Pour l’heure, allons plus loin encore, sur un ton de
    légèreté
    (de sagesse populaire pourrait-on dire aussi…), tout autant que sur fond de culture
    (scientifique en l’occurrence…) : si quelque chose avait disparu, comme le suggère Monsieur Lemattre, que devient cette illustre découverte (pré-soixante-huitarde et pourtant toujours
    d’actualité…) : Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ! C’est que donc la culture d’avant Mai
    68 aura simplement évolué, muté… N’est-ce pas plus « culturellement réaliste » que de pleurer l’anéantissement de la culture par des hordes d’ouvriers exsangues, ou que d’analyser notre
    situation actuelle comme un vide culturel sidéral !

    Nouvel élément de réflexion, gravitant autour du premier, de qui parle-t-on ? Dit autrement, quelles auraient pu être les victimes de ce cataclysme annoncé ? J’emploie à présent le conditionnel puisque, Dieu merci !, il
    vient d’être démontré qu’en aucun cas la culture avait disparu ! La question n’est pas simple en apparence car, s’il est vrai que Monsieur Lemattre dit faux, n’a-t-il pas néanmoins un
    peu raison auprès de telle ou telle frange de la population. Un rapide tour d’horizon s’impose ? Sans trahir de secret, pas vraiment, disons que c’est pour le plaisir de la promenade littéraire
    et intellectuelle, voilà tout, histoire de ménager les déceptions éventuelles en fin de chapitre….

    Les animaux ? Bien que Monsieur Lemattre ne les aient sans doute pas eu dans son viseur, les porte-t-il suffisamment dans
    son coeur pour leur consacrer son message au devant des foules étudiantes du CPA ? Il me plaît à rappeler à d’autres, éternels récalcitrants, et toujours selon l’oracle wiki que, dixit, des
    travaux récents en éthologie et en primatologie ont démontré l’existence de cultures animales… Qui pouvait en
    douter ? Parce que celles-ci ne furent en rien touchées par Mai 68 (du moins pas directement !), je veux croire que, là encore, Monsieur Lemattre ne saurait avoir raison.

    Quid de ces grands singes que nous sommes ? La même logique que celle déployée pour nos cousins à poils longs conduira rapidement à la conclusion suivante : il ne peut s’agir que
    de la France ! Ouf, nous gagnons du temps (autre débat ou simple façon de parler). Ainsi, il pourrait se faire que Monsieur Lemattre ait raison et que, cependant que les autres cultures de la
    planète pourvoyaient au maintien et au développement du capital culturel mondial, la culture française aurait &ea

  2. suite du commentaire de Sébastien Dumont:

    Quid de ces grands singes que nous sommes ? La même logique que celle déployée pour nos cousins à poils longs conduira rapidement à la conclusion suivante : il ne peut s’agir
    que de la France ! Ouf, nous gagnons du temps. Ainsi, il pourrait se faire que Monsieur Lemattre ait raison et que, cependant que les autres cultures de la planète pourvoyait au maintien et au
    développement du capital culturel mondial, la culture française se voyait sur le déclin…

    Nous voici donc concentrés sur la France, c’est-à-dire recentrés sur nous-mêmes, c’est à dire, suivant toujours une logique sémantique implacable, égocentrés ! Découpons
    encore le paysage français non pas au travers de cet exécrable faux-débat passé sur l’identité du pays (nous pourrons cependant et bien entendu y revenir si cela suffisamment intéresse tel ou
    tel…), mais selon les pointillés fréquemment dessinés par Monsieur Lemattre : les jeunes, les moins jeunes, les vieux ! Générations X Y Z ou assimilées… C’est un peu brutal, certes,
    d’autant semble-t-il que l’on oublie un instant de surcroît, sur cette photo de famille prise – si ce n’est négligemment – du moins sûrement à la hâte,
    les plus purs et les plus sages de nos concitoyens : les très jeunes et les très vieux ? Vous n’avez pas suivi l’exposé d’assez près cher Monsieur Dumont, il existe une raison toute simple à cela… Ce qui intéresse le
    dirigeant, issu du CPA ou d’ailleurs, c’est la vie active ! Ni rassuré, ni convaincu, je ferme pourtant la parenthèse…

    Sans transition comme ils disent, et parce que la démo est évidente ce quelle que soit la branche française concernée
    (confere plus haut pour l’arbre tout entier !),
    je ne puis me résoudre à ce découpage à la serpe
    !
    J’entends déjà la rumeur, le tumulte, les résistances… Quid de ces politiques qui ne connaissent pas
    l’histoire… des grottes de Lascaux et de tant d’autres
    fondamentaux ? Quid encore du général et de la qualité de ses écrits : aurait-il pu dire comme l’un de ses successeurs kasse-toi-pov-kon ?
    Quid de tous ces jeunes qui ne savent pas
    alignés trois mots en bon et vieux français
    et de leur syntaxe qui fait perdre tout espoir aux plus fervents défenseurs de la langue de Molière et d’Hugo ? Quid
    encore de ces profs de prépa qui ont de plus en plus de difficulté à faire passer
    les pilules
    logarithmiques ou différentielles
    , du fait d’élèves toujours moins éveillés ? Ces
    atermoiements sont légitimes (
    je vous ai compris !…), pourtant, la pauvreté de la riposte ne saurait remettre en cause d’un pouce la qualité de l’exposé précédent…. Relisez
    l’histoire, revisitez les lumières, prenez la masse des choses qui auraient disparu après ou du fait de Mai 68, comparez-là à la masse des choses qui sont apparues depuis… Rien de culturel ne
    s’est perdu, et tout se transforme…

    Pourquoi donc un professeur de valeurs et de renom intervenant dans une école valeureuse et renommée s’est-il fait
    enfermé ainsi ?
    Dis-moi officiellement, Christophe, pour éviter tout problème ultérieur avec ces éminences grises qui nous entourent, que seule ta plume est en cause… Mais
    avouons ensemble, dans un sourire complice, sans le dire si tu préfères, que le fait est… Pourquoi donc ? Parce que les multiples évolutions de la culture, à date, ne suffisent
    peut-être pas à Monsieur Lemattre (ce qui ne revient pourtant pas à concéder avec lui que celle-ci a disparu !)… Parce que ces transformations du moment ne sont pas à la hauteur de
    ses espérances, de ses aspirations… Et le tour est joué !

    Ainsi donc, notre cher professeur (le dicton qui aime bien châtie bien ayant été mis bien
    des fois à contribution plus haut !) n’est peut-être pas aussi sage que tu le dis, mais bel et bien un rêveur militant dans la pure tradition du maître d’école d’antan ! Un senpai – cela sonne
    si bien en japonais ! – qui s’aventure à décrire à ses élèves (de grands enfants…) le monde tel qu’il aimerait le voir léguer à d’autres (… ses petits-enfants !). Monsieur Lemattre
    s’applique ainsi inlassablement à transmettre en sa qualité de professeur (l’un des plus beaux métiers du monde sans doute… avec celui de parents), les valeurs auxquelles il croit et
    dans lesquelles il place son action.
    Entre contemplation et action, la boucle est bouclée : je me tais donc… en attendant vos réactions et avant de passer au thème suivant !

    Sébastien, le Cœur à l’ouvrage

    (mail : lecoeur@louvrage.com blog : http://www.lecoeuralouvrage.blogspot.com)

    ——————–
    Sébastien.
  3. Cher Christophe,

    Ton commentaire m’a rappelé une belle soirée au cours de laquelle certaines affirmations nous ont remués, tout autant les uns que les autres.

    Celui de Sébastien m’a interpellé (c’est probablement son but) et je voulais y répondre.

    Le ressenti de « vide culturel » est le résultat du passage brutal d’une société traditionnelle sortant de la guerre et reposant sur des valeurs de travail, de partage, de croyance dans la
    pertinence du système de valeurs proné par nos civilisations judéo-chrétiennes, à une société fondée sur l’affirmation de la prééminence du soi sur l’autre, sur l’affirmation que la liberté
    consiste à faire ce que l’on veut (il est interdit d’interdire …) et donc sur un recentrage sur l’individu plus que sur le groupe, sur la satisfaction de ses plaisirs personnels avant celui de
    l’intérêt du groupe.

    De cette liberté, de ce « libéralisme » du comportement, sont venus tous les excés que le rejet des « normes », des valeurs de comportement en société (particulièrement après mai 68) ont entrainées:
    consumérisme, ultra-libéralisme, matérialisme, individualisme, …

    Dans cette course à l’Avoir, à laquelle chaque individu estime légitime de participer, surtout les plus démunis, on en oublie fondamentalement l’Etre, le comportement à l’autre. Et j’ai la
    faiblesse de penser que la transmission des valeurs de « l’Etre » a été profondément reléguée au fin fond des préoccupations de nos sociétés face aux valeurs toutes puissantes et toutes
    valorisantes de l’Avoir.

    Les enseignants sont là pour nous transmettre, outre les sujets techniques et les savoirs objectifs, cette part du savoir comportemental que l’âge, l’expérience et les convictions personnelles
    leurs permettent de faire ressortir mieux que d’autres. Au côté des parents.

    La primauté de l’Avoir et de l’individualisme pousse nos sociétés enrichies et en paix à relativiser l’importance essentielle des règles de l’Etre, règles que d’autres sociétés moins enrichies
    cultivent fortement.

    Et pourtant, ce relativisme ne va-t-il pas à l’encontre des tendances de nos sociétés à l’urbanisation et donc au regroupement des personnes vivant en proximité immédiate de manière ultra
    majoritaires aujourd’hui? Dans cette tendance au « vivre ensemble » pour mieux profiter des services de notre société de consommation, il serait temps de repasser à un apprentissage de l’Etre à
    l’autre afin de se poser des règles de comportement.

    Et pour ça, il faut y mettre des convictions, des croyances dans un système de valeur, dans un projet de vie en commun tel que l’on souhaite le pormouvoir. Et le sage, le « senpai » doit être pour
    cela un « réveur militant ».

    Je terminerai mon propos sur les « cultures animales » dont parle Sébastien. Les animaux sont dans l’Avoir. Par nécessité de survie. Nous autres, « grands singes » (bien que ce terme ne me paraisse
    pas bien approprié) voulons aussi de l’Etre. C’est ce qui nous différencie fondamentalement.

    Ou du moins nous différenciait ??…

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