L’héritage de la France…au Maroc

Ecrit par Christophe de La Chaise. Publié dans Economie

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Publié le mai 01, 2010 avec 1 Commentaire

Durant 2 jours, j’ai eu le plaisir d’animer un séminaire de communication orale   à Casablanca, auprès de dirigeants marocains.

Ces voyages sont toujours une grande source d’enrichissement personnel, d’autant que 3 cultures étaient représentées:

  • La marocaine, bien sûr
  • La vietnamienne, car mon collègue consultant a vécu toute son enfance à Saïgon;
  • Et la française, en quelque sorte, en synthèse des autres, puisque, outre mon appartenance à cette nation, les marocains et mon ami vietnamien ont été imprégnés de notre culture.

Ce court séjour à Casablanca a été pour moi source de plusieurs étonnements

1. Maîtrise des langues, multiculturel

Comme à chaque fois que je me rends dans le Royaume chérifien, je suis toujours admiratif de voir avec quelle facilité les dirigeants marocains maîtrisent les subtilités de la langue française: c’est une chose de parler couramment une langue, c’en est une autre d’en comprendre parfaitement les nuances; ce n’est pas un hasard si la plupart de l’élite économico-politique se forme en France ou à l’étranger, après leurs études au Maroc et si nombre d’entre eux travaillent à l’étranger avant de revenir. Quand on sait que ces entrepreneurs parlent également très bien la langue de Shakespeare, on mesure la marge de progression de nos écoliers en France …

2. Force du mental

L’un de nos stagiaires, cadre dirigeant d’une belle PME informatique, a raconté comment sa société comptait maintenant parmi ses clients prestigieux une banque…japonaise !! Et de nous parler de son approche commerciale, soignant sa préparation mentale, lorsqu’il se rend auprès d’un nouveau client étranger:  j’essaye de m’imaginer l’idée qu’il se fait de mon pays: le tourisme, les dunes de sable de Marrakech, l’économie essentiellement agricole, … de façon à mieux le préparer à ma réalité: nous vendons nos logiciels aux quatre coins du monde, à des groupes aussi puissants que la Société Générale ou des mutinationales.

3. Vision

Le même stagiaire, Mohammed, racontait comment sa société avait été une des premières du monde à investir à Dubaï il y a 12 ans: son Président et lui arrivent dans un « data center », bureau quasi-vide créé au milieu de nul part, c’est-à-dire au milieu des sables… il se tourne alors vers son Président et lui dit:

Mais pourquoi Ahmed, tu nous as amené ici? il n’y a rien à faire !…

Son président lui répond:

J’ai rencontré les dirigeants de ce pays: ils m’ont décrit dans le détail ce qu’ils allaient faire pour développer l’économie, pour y amener des investisseurs, pour en faire une des grandes régions touristiques du Moyen Orient et ils sont tellement enthousiastes qu’ils m’ont convaincu d’investir ici.

Effectivement, le pays s’est considérablement transformé et, d’un endroit désertique, ces dirigeants en ont fait une des premières destinations touristiques avec 5 millions de visiteurs par an ! (soit plus que le Maroc actuellement…)

4. Travail

Enfin, au retour, ramené à l’aéroport par Rachid, le dynamique chauffeur de l’APD, j’ai eu droit à la traditionnelle perception des Français par les autres nations: ils sont sympas, mais perpétuellement insatisfaits !

ça me donne mal au coeur quand je vois les avantages que vous avez: sécurité sociale, salaires, travail protégé, 35 heures, etc… et que vous vous plaignez tout le temps .

oui. dis-je alors, mais les Français savent aussi se bouger…

« oui, ils se bougent pour la grêve ! » renchérit mon interlocuteur !…

La maîtrise des langues, c’est aussi l’ouverture aux autres et dans le cas des Marocains, utiliser l’héritage colonial pour en faire une opportunité;

La force du mental, c’est la condition nécessaire à toute personne qui veut réussir;

La vision, c’est à la fois le moteur et le combustible

Croire en la vertu du travail, c’est la condition préalable à toute réussite.

Rentré à Bordeaux, je me dis que les Marocains que j’ai rencontrés savent bien optimiser l’héritage de la France et que nous serions avisés d’en faire un partenaire commercial plus important ! … pourvu qu’ils ne se mettent pas aux 35 heures !!!

 

 

 

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A propos Christophe de La Chaise

Bordelais depuis 20 ans, directeur du CECA. La conviction du CECA, à mi-chemin de la communication et du conseil RH, est que la performance de l’Entreprise (au sens large) vient de son capital humain. Cette conviction s’exprime lors de l’Université Hommes-Entreprises, un séminaire de réflexion de « remise en question positive » qui réunit plus de 500 décideurs fin août à Bordeaux (château Smith Haut Lafitte) et depuis 2012, avec le cycle Valoriser le capital humain. Mots clés du CECA : films, conseil en communication/RH, veille/informations.

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1 Commentaire

Commentaires pour L’héritage de la France…au Maroc sont fermés.

  1. Formidable témoignage ! merci Christophe de nous rappeler que le monde bouge, que les pays que nous aurions facilement tendance à prendre de haut sont en train de nous passer devant dans nombre
    de secteurs par leur travail, leur opiniatreté, leur volonté de réussir, alors que nous sommes souvent englués dans nos revendications stériles et nos positions de principe. Il est intéressant
    d’avoir en tête par exemple, au moment où le débat pour la réforme des retraites achoppe sur le fait de savoir s’il faut passer progressivement de 60 à 61 ans l’âge moyen de départ à la retraite
    en France, que cet âge moyen est de 69 ans en Allemagne, avec une retraite équivalant à 47% en moyenne du dernier salaire, alors que cet âge est de 59 ans avec 97% du dernier salaire…en Grèce
    !!! Tout dépend quel chemin on veut suivre : un chemin ambitieux de développement économique basé sur le travail, la formation, l’adaptation aux autres cultures avec humilité et détermination, ou
    bien un repli stérile sur nos acquis sociaux au mépris de tous les impératifs économiques et démographiques, qui nous condamne à devenir peu à peu un partenaire de second choix, discrédité un peu
    partout. Cette image d’une France toujours en grève est très largement répandue, et se cumule avec celle d’une France perçue comme souvent arrogante, vivant sur son prestige passé mais incapable
    de s’adapter aux nouvelles réalités du monde. Tu as bien raison de mettre en évidence que nous voisins méditérannéens se bougent beaucoup et finissent par conquérir de bonnes positions dans
    certaines niches aujourd’hui, dans des secteurs clés demain, grâce à un état d’esprit plus conquérant que le nôtre.

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