Le monde à la merci de Goldman Sachs ?

Ecrit par Christophe de La Chaise. Publié dans Economie

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Publié le septembre 06, 2012 avec 12 Commentaires

Mardi soir, alerté par des amis et intrigué par l’annonce bien en vue dans les journaux, j’étais devant mon écran de télé, attentif au reportage d’Arte sur la « banque-ogre » : Goldman Sachs.

C’est Philippe Dessertine qui m’a parlé pour la première fois de cette grande banque d’affaires, et le rôle qu’elle avait jouée en octobre 2009, en empêchant le sauvetage de Lehmann Brothers… (voir article du 15 février 2009 : http://universitehommesentreprises.com/2009/02/19/lacriseduprofesseurdessertine )

Lui également, qui, à l’Université Hommes-Entreprises d’août 2009 avait expliqué que Barack Obama ne faisait rien pour prendre des décisions courageuses d’assainissement de l’économie américaine…

J’étais quand même loin de me douter de l’incroyable soif de pouvoir et de cupidité de cette grande banque d’affaires, qui avait franchi, un à un, les limites de la raison, de l’éthique et du bon sens…

En 75 minutes, les journalistes Jérôme Fritel et Marc Roche montrent comment :

–          La banque trompait ses propres clients : en pariant sur un effondrement des crédits immobiliers américains (subprimes : on prête sous le niveau minimum de prime, de garantie), tout en revendant à d’autres des produits financiers en apparence rémunérateurs, mais en réalité, toxiques ;

–          En continuant à spéculer sur les matières premières le jour du 11 septembre 2001, alors que les nuages âcres des incendies des tours du World Trade Center se propageaient dans New-York « parce qu’il y a de l’argent à se faire, quoi qu’il arrive »

–          En aidant la Grèce , dont elle était le conseil financier, à maquiller une partie de ses comptes, de façon à réduire artificiellement la dette, pour rester dans la zone euro.

Une des paroles du patron de Goldman Sachs, citée dans le documentaire, m’a parue particulièrement incongrue: « je fais le travail de Dieu ! »

Pour moi, qui crois en Dieu, je pense que ce Lloyd Blankfein fait tout le contraire !

Spontanément, je pense à ces hommes ou à ces femmes, qui ont consacré leur vie aux pauvres : les mère Térésa (Calcutta), abbé Pierre, longtemps au hit parade des personnalités les plus aimées des Français, Guy Gilbert (venu témoigner à notre Université HE en 2008 avec Dominique Lapierre), au père Ceyrac, décédé récemment, qui, toute sa vie durant, disait que les combats de l’Inde seraient les siens et aussi : « je cherche le visage du Seigneur dans le visage des pauvres ».

Il me paraissait important de lever cette ambigüité…

De façon plus fine, je pense que Lloyd Blankfein, à force de voir que tous les verrous : opposition première d’Obama, du public, de l’establishment américain, des média, de la justice américaine sautent les uns après les autres, qu’ils sont autant de victoires remportées, doit se considérer l’égal de Dieu !…

On est bien loin d’un Michel Authier m’expliquant, avant cette 18ème Université HE « tu sais Christophe, ce sont les humbles qui font évoluer le monde… » ou encore, Clara Gaymard, expliquant dans sa conférence filmée : « la première qualité d’un dirigeant, c’est d’être humble…humble, notamment parce qu’aujourd’hui, personne ne peut savoir ce que le monde sera dans 10 ans… ».

Bien loin encore d’un Laurent de Cherisey, qui décide d’abandonner une vie confortable de chef d’entreprise pour se consacrer (depuis 7 ans maintenant) aux handicapés de la vie et dit avoir apprivoisé sa propre fragilité en apprenant de ces mêmes handicapés.

Bien loin encore d’un Atanase Périfan, qui me dit, la veille de son intervention, après une nuit blanche pour avoir recueilli dans ses bras son voisin mourant de 25 ans, qu’il prendrait le TGV en 2nde classe, « par solidarité avec les gens qui ne peuvent s’offrir une 1ère ».

Bien loin encore de l’astro-physicien Hubert Reeves, qui, en 2006, après un brillant exposé sur le développement durable et la nécessaire solidarité entre pays riches et pays pauvres, répondant à une question, déclare : « je ne sais pas… ».

Et si Michel Authier avait raison ?

Si c’étaient les gens humbles qui allaient mener les grandes transformations de ce monde ?

Simplicité, humilité, associées à une vision et à une volonté sans faille, n’est-ce pas ce qui a animé les Gandhi, les Nelson Mandela dans leur combat de David contre Goliath ?

Je suis convaincu que, nous aussi, les optimistes, les Entrepreneurs d’Avenirs, les addicts de l’Université Hommes-Entreprises ( !), les chercheurs de R.S.E. (Responsabilité Sociale de l’Entreprise) ou tout simplement les hommes et les femmes qui ont le souci du bien commun, nous arriverons à transformer le monde.

Comme le rappelait Joël de Rosnay à l’Université HE, la société est en train de changer de visage, « non plus fondée sur des rapports de force mais sur des rapports de flux, non plus guidée par l’individualisme exacerbé ou par la logique de l’affrontement, mais sur la nécessaire solidarité. » (Joël de Rosnay, Surfer la vie – éd Les Liens qui Libèrent)

Goldman Sachs est bien sûr une entreprise puissante et immensément riche, mais pour moi, elle est déjà morte, car elle n’a pas su évoluer, elle n’a pas compris que nous sommes déjà dans un nouveau paradigme.

Et si demain, 100 millions d’internautes décidaient de boycotter cette triste entreprise ?…

Comme le dit notre ami paléo-anthropologue Pascal Picq, après tout, ce ne sont pas les chimpanzés les plus costauds et combattifs qui ont survécu à l’évolution, mais les plus coopératifs et adaptés à leur environnement.

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A propos Christophe de La Chaise

Bordelais depuis 20 ans, directeur du CECA. La conviction du CECA, à mi-chemin de la communication et du conseil RH, est que la performance de l’Entreprise (au sens large) vient de son capital humain. Cette conviction s’exprime lors de l’Université Hommes-Entreprises, un séminaire de réflexion de « remise en question positive » qui réunit plus de 500 décideurs fin août à Bordeaux (château Smith Haut Lafitte) et depuis 2012, avec le cycle Valoriser le capital humain. Mots clés du CECA : films, conseil en communication/RH, veille/informations.

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12 Commentaires

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  1. Bravo pour ces propos bien sentis ! Je ne sais pas si les humbles vont parvenir à transformer le monde et faire émerger d’autres équilibres plus solidaires mais si l’on se fie aux critères de survie des chimpanzés, ce rêve devient accessible !

    • aujourd’hui, les chercheurs en neuro-sciences nous disent: « on est ce que l’on croit que l’on est… »
      Donc, si l’on pense que l’on peut faire évoluer ce monde, de façon individuelle et collective, on y arrivera.

  2. cher Christophe,
    oh que j’aimerais que tu aies raison ;
    Plus exactement, bien sûr tu as raison au plan moral ou éthique.
    Mais je crains que tu aies tort de penser (d’espérer) que ces banquiers soient dépassés. Les quelques exemples que tu cites, l’impuissance des gouvernements à imposer leurs décisions à la finance, démontrent chaque jour qu’une loi non écrite s’impose à nous. Ce n’est même pas un complot. C’est la pente d’un système qui ne sait pas s’imposer de limites (contrairement au rêve du libéralisme vertueux, « la mauvaise monnaie chasse la bonne »). C’est d’ailleurs à une autre université d’été Hommes&Entreprises, que Comte-Sponville expliquait brillamment : « aucun système n’est capable de s’auto-réguler ». Qui a dit « l’ennemi c’est la finance ? » ; c’était exagéré, certes (l’ennemi ce sont les financiers sauvages) mais que fait-il aujourd’hui sur ce point ?

    • merci Charles-Marie de ton commentaire: toi qui vient d’accueillir à Bordeaux l’Université du développement durable, tu peux mesurer le chemin parcouru par les Français dans ce domaine: en août 2006, lorsque tu avais accompagné Alain Juppé à notre Université HE sur ce sujet, c’était une nouveauté pour la plupart des décideurs présents: aujourd’hui, quasiment tout le monde sait de quoi on parle et est convaincu du bien fondé de ménager la planète…
      Nous, au CECA, par le biais des formations des cadres, des réflexions en continue tout-au-long de l’année sur le « capital humain », nous sentons bien que le monde bouge.
      A l’Université de 2004, André Comte-Sponville disait simplement que l’entreprise n’a pas à s’occuper de morale, pas qu’elle était immorale… mais cette réflexion a déja vieilli de 10/12 ans… (Comte-Sponville parlait de ses échanges avec les clubs de dirigeants au cours des 5 dernières années passées…)
      Aujourd’hui, la première question qui interroge l’entreprise, une fois que l’on a évoqué la gestion, c’est la recherche de sens…
      C’est intéressant que des grands patrons du CAC 40 comme Stéphane Richard disent eux-même que l’on doit absolument réconcilier performance économique et humaine…
      Comme par hasard, depuis qu’il est à la tête de F.T., même si le management n’a pas pu évoluer de ce point de vue du jour au lendemain, l’indice de confiance interne a bien remonté…
      Alors, oui, les banquiers sont encore aujourd’hui les maîtres du monde, mais il ne tient qu’à nous, la majorité des hommes et femmes « de bonne volonté », qu’ils ne le soient pas éternellement…

  3. On entend, on voit toujours les mêmes. La logique du « bankable » ne s’est pas arrêtée au cinéma, elle a malheureusement aussi investi les médias qui se font le relais normalement du débat dans la Cité (Polis). Si bien que toutes les premières de couv se focalisent sur un seul homme (qui a dans son fort intérieur certainement suffisament d’humilité pour reconnaître qu’il n’est pas décideur et responsable de tout).
    Soyons optimistes ! Ce n’est pas parce qu’on ne les entend pas, qu’on ne les voit pas sur toutes les ondes ou fréquences que les « humbles » ne sont pas là et ne sont pas nombreux. Les humbles restent discrets mais ils sont bien présents. Et, dès que tous ces humbles seront en mode « nécessaire solidarité », les Lloyd Blankfein & Cie (au passage, ils sont infiniment minoritaires en nombre au regard de l’ensemble des citoyens de la Terre) n’auront plus les manettes de cette console de jeu qu’ils n’hésitent plus à décliner, ne manquant pas au passage d’une très grande créativité, en flash trading, high frequency trading et cie (on dirait du Ridley Scott parfois ! ).

    Et si finalement, ces humbles, ce sont tous ceux qui sont dans le silence, ce silence à l’opposé du bruit ambiant que quelques uns s’évertuent à entretenir, le silence de tous ceux qui ne se frottent pas aux ondes et fréquences en tous genres. Vous imaginez alors le bruit le jour où tous ces humbles tombent sur les manettes d’un jeu qui s’appellerait « nécessaire solidarité ».
    Quand je vois nos plus jeunes et leur créativité avec tous ces nouveaux outils qui créent de fait un monde nouveau, je suis convaincu que cela arrivera plus vite qu’on ne l’imagine. Je suis optimiste et je porte mon regard avant tout du côté de ces générations (Blankfein ne laissera pas grand chose derrière lui, à part un chiffre sur un compte – un autre chiffre ) 😉

    Merci à l’Université HE de donner l’occasion à de brillants humbles de nous livrer leur enthousiasme et passion pour la vie. Et espérons que nos dirigeants politiques décident par exemple demain d’attribuer la Canal 1 à Arte… Tous ces messages finiront bien par déclencher le Reset sur la console de jeu de Goldman & Cie.

    • merci Didier;
      ton commentaire très juste ne m’étonne pas, toi qui a des relations d’amitié avec Michel Authier…
      Juste une chose: c’est aussi de notre responsabilité de proposer aux journalistes cette conviction que la finance doit redevenir au service de l’économie et l’économie au service de l’Homme.
      Persuadés que les journalistes sont la caisse de résonnance indispensable pour nous aider à partager cette idée de l’Homme dans l’Entreprise au nveau national, nous avons invité 2 d’entre elles (Les Echos et l’Entreprise) à cette 18ème édition.
      Voici le dernier article de Corinne Moriou:

      bien à toi

  4. Salut Brother, j’ai trouvé ton article sur Goldman Sachs très pertient. Si tu souhaites compléter ton info sur ce sujet passionnant, je te conseille l’excellent ouvrage « la Banque » sur Goldman Sachs (et ses tentatucles à travers le monde entier) et le film récent « Margin Call » qui retrace l’histoire des subprimes aux USA. Je pense que beaucoup de ces comportements que tu décris sont pour beacoup dus à la mentalité américaine qui est la recherche du profit à n’importe quel prix et le plus rapidement possible et qui a traversé quelque peu l’Atlantique….
    J’apporterais néanmoins 1 bémol ; il ne faut pas que le comportement de certains individus même très haut placés dans le monde de la Finance rejaillisse sur tous les Banquiers. Sarko comme Hollande ont été à cet effet « pitoyables » en stigmatisant les Banques françaises qui ont plutôt bien traversé la crise des subprimes et ont eu une politique des risqiues plutôt conservatrice.
    Tout à fait d’accord avec toi quant aux humbles; 1 formule que j’aime bien : il n’est pas sérieux de se prendre au sérieux ! Bon week-end. Cyrille

    • merci Cyrille, de ton avis et de ton recul.
      oui, nous travaillons suffisemment avec des banquiers pour faire la part des choses: comme toi, j’ai été choqué de la façon dont nos deux candidats à la Présidentielle ont érigé en bouc émissaire le monde de la banque.
      Même si parfois, on a l’impression que les prêts sont difficiles à obtenir (mais les directeurs de succursales ne font pas ce qu’ils veulent…), on est loin du cynisme de Goldman Sachs…
      là encore, c’est encore une question de relations humaines avec des hommes et des femmes …

  5. Cela fait du bien de voir ce type de reportage très réaliste, très objectif et donc glaçant. Qu’ils portent sur la finance, les lobbys pervertis, les liens entre lobbis et dégradation de notre écosystème etc… Ces documentaires que arte ou France 5 programment assez régulièrement nous apportent à chaque fois des impressions mélangées :
    > déprime : comment ne pas être morose après cette plongée en surface dans les méandres d’un système. Celui mis en place par des cyniques qui jouent chaque jour l’avenir de nos enfants en hypothéquant notre humanité.
    > optimisme : merci aux journalistes qui de temps en temps se souviennent de leur vocation, de leur job que ce soit dans certains magazines de défrichage et de reportage ou dans certaines TV et radios…

    Optimisme dans lequel je rejoins Christophe. Oui je pense que c’est déjà le passé. Ils font partie d’un monde déjà mort. Malheureusement il y a des soubresauts et une volonté farouche de leur part de ne pas lâcher. Mais dans toute chose il y a les 2 tenants, dans toute crise de valeurs se trouvent les germes d’une nouvelle pensée. Ce que certains appelent les « conspirateurs positifs » (Matthieu Baudin), les colibri (Pierre Rabhi) ou encore les semeurs, les pollinisateurs, les inspirateurs, les optimistes…

    Des rencontres comme nous pouvons en faire sur l’UHE nous permettent de nourrir cette pensée positive et tenter de combattre à notre (très mince) échelle le négativisme ambiant et castrateur et de nous apercevoir que nous ne sommes pas seuls.

    Mais qu’est ce que c’est long !

    • merci Eloi;
      en fait, nous sommes vraiment à la croisée des chemins:
      – Goldman Sachs pense qu’il a encore l’éternité devant lui, puisqu’il réussit à placer ses hommes-liges années après années à la tête des organisations les plus puissantes au monde: mais c’est oublier qu’aujourd’hui, avec la transparence des média et des réseaux sociaux, des dictateurs au pouvoir depuis 40 ans sont renversés en l’espace de quelques mois (Saddam Hussein, Ben Ali, Moubarak,…) : ne se sentaient-ils pas, eux-aussi tout-puissants et indétronables ?…
      – et les parties prenantes d’une société plus respectueuse des autres, plus juste, donc moins centrée sur le profit immédiat et sur l’égoïsme: je regarde autour de moi et constate que cette catégorie ne cesse de croître, même si la plupart ne savent pas comment agir et pensent qu’ils ne peuvent rien contre Golman-Goliath…

  6. Bonjour,
    Je partage cette maxime, pourtant anglo-saxonne, pour contribuer à l’échange et expliquer pourquoi la finance non dérégulée (elle ne l’a pas toujours été) et incarnée par Goldman Sachs n’a pas d’avenir : « Honesty is the most convenient policy ». Sans doute peut-on craindre avec Charles-Marie Boret qu’il faudra attendre d’être dans le mur pour réguler. L’histoire n’est qu’un mouvement de balancier. Craignons seulement que ce ne soit pas les plus fragiles et les moins coupables qui en paient le prix.

    • si Lucas, ce seront évidemment les plus fragiles et les moins coupables qui vont en payer le prix, à l’instar de ce qu’ont produit les politiques américains: les chômeurs sans économies incités à acheter leur logement, par ex…
      D’où l’importance des débats et conférences comme l’Université HE, avec des prises de parole de Sages: Michel Authier, Michel Serres, Laurent de Cherisey, Philippe Dessertine, Atanase Périfan, etc… et le travail de lien que tu réussis avec nos amis journalistes pour qu’ils en parlent…

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